La conjugo-dyslexie

   « Bonjour, docteur.    ─ Bonjour madame. Jeune homme… 

   ─ ‘jour.    ─ Asseyez-vous, je vous en prie. 

   ─ Merci, docteur. Sors tes doigts d’ton nez et ne bouge plus !    ─ Bien. Que vous arrive-t-il, madame Déchainu ? 

   ─ Ce n’est pas moi cette fois, docteur. C’est mon fils. Comment vous expliquer… Voilà, il a toujours des problèmes d’élocution, on le savait, mais là on s’est rendu compte que ce n’était peut-être pas seulement de la bêtise. Ho, je sais, c’est mal de parler comme ça de son enfant, mais chez nous, vous comprenez, on n’est pas des gens très cultivés.    ─ Je comprends. Et quel est le problème qui vous préoccupe à ce point ? 

   ─ Il a du mal avec ses verbes.    ─ Il a sans doute besoin de cours à domicile. 

   ─ On l’a déjà fait. Un jeune étudiant très bien. Il était en… Attendez… En licence de lettres classiques, c’est ça !    ─ Et il n’a rien pu faire ? 

   ─ Non.    ─ Vous permettez ? 

   ─ Ho oui, allez y. Et tient toi bien, toi !    ─ ‘Vi. 

   ─ Bonjour, Martin.    ─ ‘Jour. 

   ─ Ne soit pas timide et exprime-toi très clairement. Tu n’as rien à craindre de moi. Tu veux ?    ─ D’accord. 

   ─ Parfait. Alors, dis-moi ce qui ne va pas ?    ─ Hé ben… 

   ─ Vas-y, n’ai pas peur.    ─ Quand je parlâtes, il paru que mes verbes ne correspondirent pas avec le temps ni avec le sujet. Ce suis ce qu’on m’auriez dit. 

   ─ Hein, hein.    ─ Alors, à l’école, tout le monde riais de moi. Et tout le monde me prennent pour un triple con. Y’eut qu’à virent ma mère… 

   ─ Qu’est-ce tu dis ?    ─ Rien, maman. 

   ─ Je vois. Vous n’avez pas à vous inquiéter, chère madame, votre fils ne souffre de rien d’irréversible. De plus, j’ai pu diagnostiquer chez lui, un bon niveau d’intelligence. Rassurez-vous sur ce point.    ─ Et qu’est-ce que c’est, alors ? 

   ─ Juste une conjugo-dyslexie bénigne. Rien de bien malin.    ─ Et qu’est-ce qu’y faut faire ? 

   ─ Les mathématiques, chère madame. Aussi curieux que cela puisse paraître, le salut vient de l’arithmétique. Le jeu des chiffres, le calcul mental en particulier permet de travailler certains liens synaptiques forts utiles pour la conjugaison. Le simple fait de prononcer les chiffres, les imaginer, se représenter la quantité à laquelle ils correspondent est d’un bénéfice certain. Les chiffres. Il suffit qu’il se consacre un peu plus aux chiffres.    ─ M’prenez pour une conne ? 

   ─ Non. C’est très sérieux, vous savez. C’est le résultat de plusieurs années de recherche de la part de neurologues parmi les plus éminents.    ─ Et je devrais vous croire ? 

   ─ Maman, tu-toi, s’te plu !    ─ Bon. Bah on va lui faire faire des maths. 

   ─ Attendez. Puisque j’ai du temps, je vais en profiter pour examiner un peu plus votre fils. Ouvre la bouche, Martin, et dit : trente-trois.    ─ Trois, trois. 

   ─ Mince !    ─ Quoi ? 

   ─ Quarante ?    ─ Quatre, trente. 

   ─ Mais quoi ?!!!!     …    ─ Ha non, là c’est rien. C’est juste qu’il est sourd. » 

Publié dans : La conjugo-dyslexie, Le coin des nouvelles |le 30 septembre, 2007 |Pas de Commentaires »

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